PROJET DE CREATION D'UN CENTRE DE GEOMATIQUE AU POLE TECHNOLOGIQUE DE SFAX (CEGEM)
INTRODUCTION
Depuis un certain nombre d’années, l’enseignement des disciplines de la géomatique dans les différents départements de géographie et d’autres sciences spatiales est passé en Tunisie, du statut d’une discipline annexe, complémentaire ou facultative au statut d’une discipline autonome, certainement indispensable à la formation et au cursus de tout étudiant. Cet enseignement s’est développé, aussi bien horizontalement, par l’approfondissement du contenu de la discipline, et par la mise en place d’enseignements épistémologiquement voisins par rapport à la cartographie tels que la photointerprétation, la télédétection, les Systèmes d’Information Géographiques (SIG), que verticalement dans la mesure où ces enseignements sont étalés aujourd’hui sur deux, voire trois ou quatre années pendant le premier et le second cycle de l’enseignement de géographie.
Aujourd’hui, il existe en Tunisie plusieurs enseignements relatifs à la discipline, que ce soit dans les départements de géographie en raison d’une liaison épistémologique et fonctionnelle avec la géographie que dans certains établissements universitaires « scientifiques ». Ces enseignements sont dispensés soit dans le cadre de filières courtes ou de masters spécialisés ou de recherche. La première journée nationale dédiée a recensé tous les établissements impliqués ainsi que les structures de recherche qui s’y consacrent. Il convient de noter dans ce cadre que, outre quelques unités, le seul Laboratoire spécialisé dans les recherches géomatiques se trouve à l’Université de Sfax d’une part, et que les formations dispensées ne suffisent pas aux besoins du marché de l’emploi.
L’information géographique constitue un enjeu important pour les sociétés contemporaines. Non seulement ce secteur d’activité constitue un marché en pleine croissance surtout dans les pays développés, mais il touche également les pays émergents. En fait les deux facteurs explicatifs sont l’expansion des besoins du marché et l’amélioration des techniques d’investigation et en particulier des NTIC. C’est que le monde d’aujourd’hui est caractérisé par l’accélération de la vitesse des échanges ; la multiplication des relations des interactions entre les lieux ; et une demande accrue de données et de connaissances géographiques, dans tous les secteurs de l’activité économique et sociale.
L’octroi de bourses par le gouvernement à des étudiants tunisiens pour suivre ces formations de géomatique et notamment dans les pays leaders comme le Canada ou les USA à l’étranger pourrait certes être envisagé dans l’immédiat pour parer au plus pressé, mais il ne pourrait résoudre toutes les lacunes de façon sérieuse vu les exigences de la formation de base, d’où la nécessité d’une mise à niveau, outre le fait qu’il ne pourrait constituer une solution radicale à moyen et à long terme au crucial problème de manque de cartographes en Tunisie et le coût de cette formation.
RAISONS DE CREATION DU CEGEM
1) Les sociétés modernes utilisent, produisent et ont de plus en plus besoin d’images. Les documents géomatiques, cartes et plans numériques, photographies aériennes, spatio-cartes entre autres ne constituent donc plus un luxe, ils sont devenus une nécessité à la fois comme outils de recherche ou comme instruments d’aide à la décision. A la différence des années soixante-dix et quatre-vingts, les besoins en termes de produits cartographiques sont devenus plus importants en termes quantitatifs, et plus sélectifs en termes qualitatifs, grâce notamment aux procédures d’automatisation et d’informatisation. Et les collectivités sont devenues conscientes des problèmes relatifs à la collecte, l'organisation et la communication des informations géographiques, susceptibles de donner lieu à des documents géomatiques utiles aussi bien pour répondre aux besoins de la vie quotidienne comme la navigation automobile que pour des besoins de recherche ou opérationnels pour l’aménagement du territoire. La création du CEGEM s’insère dans ce cadre.
2) Très souvent, l’image, la photo, la carte, le diagramme sont perçus en termes de présentation-représentation, ou de communication d’informations géographiques; très rarement, ils ont été appréhendés comme outils d'exploration et d'investigation. Or l’outil géomatique n’est pas seulement un outil d’illustration et de représentation de l’information mais aussi un moyen utilisé pour répondre à une question : Quel est, compte tenu d’un certain nombre d’éléments, le meilleur tracé d’une autoroute? ou résoudre certains problèmes : quelle est, compte tenu de certaines données environnementales, l’implantation idéale d’une station d’épuration?
3) Cette connaissance de la réalité à travers les outils de la géomatique permet à différentes catégories d’acteurs publics et privés (collectivités, communes, services techniques, …) (entreprises commerciales, agences techniques, opérateurs dans les domaines du transport, de l’environnement…) de gérer l’information spatiale, de planifier, d’orienter certaines décisions, et donc d’agir sur la réalité, en fonction de notre degré de connaissance et de maîtrise de ce volume d'informations. Le CEGEM servira de structure d’enseignement, de recherche et aussi de fournisseur de services à ces opérateurs.
4) Eu égard au marché de l’emploi, la création du CEGEM est intéressante dans la mesure où elle ouvre de nouvelles perspectives professionnelles à un certain nombre d’étudiants ayant des prédispositions pour approfondir leur formation cartographique de base et qui se trouvent actuellement frustrés de ne point pouvoir poursuivre des études de troisième cycle dans cette spécialité. Par voie de conséquence, ces étudiants se trouvent frustrés de ne pas pouvoir exercer un métier en rapport avec cette formation, soit dans l'enseignement supérieur où il existe à ce jour un manque flagrant de cadres, soit dans les secteurs public et privé, dans la mesure où les potentialités du marché du travail sont a priori assez intéressantes.
5) Cette frustration, ce manque à gagner valent également pour l’Etat tunisien, dans la mesure où, pour des besoins ou des travaux à caractère cartographique, l’administration tunisienne est souvent appelée à chercher, et à improviser des solutions provisoires du genre formation sur le tas, reconversion de personnel ou recours à l’étranger ou à des éléments non-professionnels pour l’exécution de travaux cartographiques.
6) Enfin, aussi bien qualitativement que quantitativement, et aussi bien au niveau conceptuel qu’au niveau des moyens et des techniques de mise en oeuvre, la géomatique moderne a connu de substantiels progrès qu’il est curieux qu’il n’existe pas à ce jour un centre équivalent en Tunisie. On ne continuer à passer sous silenceune cette lacou feindre d’ignorer sous peine d’être irrémédiablement dépassés. C’est que en quelques décennies, on est passé de la cartographie manuelle à la cartographie automatique et de la carte réelle à la carte virtuelle. Parler aujourd’hui de révolution électronique, de civilisation de l’image, n’est pas une simple métaphore ou une simple question de mode. Le développement de la géomatique a été tel -plus des trois-quarts des « produits cartographiques » sont réalisés aujourd’hui dans le monde grâce aux moyens électroniques et informatiques- que son champ d’application a dépassé les domaines d’utilisation traditionnels comme la géographie et autres sciences spatiales.
CONDITIONS ET OBJECTIFS DE LA CREATION DU CEGEM
1) D’abord, il faudrait s'assurer une étroite collaboration des institutions de tutelle directement ou indirectement concernées avant de lancer le CEGEM. Nous citerons en vrac le Ministère de l’Enseignement Supérieur, le Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement, le Ministère de l’Agriculture, les Universités, les Centres de recherche ou de production cartographique, l’Office de la Topographie et de la Cartographie, le Centre National Pédagogique, l’Agence Nationale de Protection de l’Environnement, le Centre National de Télédétection, l’Institut Régional des Sciences de l’Informatique et des Télécommunications, l’Office National des Mines, l’Institut Météorologique National, les producteurs de cartes comme les organes de la Presse, quelques Bureaux d'Etudes, et ONG...etc
2) Le CEGEM pourrait assurer une tache de formation dans la mesure où il s'adresse à des candidats de profils différents (une filière courte et une formation de master qui peut aboutir plus tard à une). Formation doctorale dans le futur.
3) Le CEGEM comprendrait les corps de disciplines suivantes cartographie -manuelle et automatique, topographique et thématique- photointerprétation et photogrammétrie, télédétection et traitement de l’image, Systèmes d’Information Géographique.
4) De l'autre côté, la saturation proche ou prévue des débouchés classiques pour certaines filières, en l'occurrence l'enseignement secondaire qui a permis jusqu'ici d'éponger la majeure partie de la demande, milite en faveur de la création d'une telle filière pour atteindre deux objectifs : assurer l'emploi et diversifier l'offre pour les maîtrisards de géographie, sociologie, économie, droit ...
5) Pour ces différentes raisons, il y a tout intérêt à assurer une formation pratique permettant aux étudiants de maîtrise de certaines spécialités d'avoir un cursus spécialisé et leur ouvrant de larges perspectives de travail dans les ministères, les administrations (Communes, Gouvernorats...), les organismes de production cartographique, les bureaux d’étude, les ONG qui produisent des documents cartographiques.
MATERIEL ET EQUIPEMENT
En l’état actuel des choses, il convient d'assurer les équipements appropriés permettant d’assurer les trois taches de formation, de recherche et de services du CEGEM. Une enveloppe globale de 6000 à 7000 MD est nécessaire pour assurer vie et survie à ce centre.
Mohsen DHIEB